Un premier état des lieux national des habitats des réserves naturelles
La France compte 372 réserves naturelles qui protègent une part de la biodiversité nationale. Toutefois, si cette biodiversité tend à être bien caractérisée à l’échelle locale, la connaissance à l'échelle du réseau reste encore lacunaire. Quelle biodiversité protège le réseau ? Les réserves protègent-elles bien la diversité du patrimoine naturel national ? Ces réflexions sont au cœur de la structuration de l’observatoire des réserves naturelles.
Pour répondre en partie à ces questions à l’échelle des habitats, Tala AL AKKAD a réalisé une étude dans le cadre de son stage de Master 2, grâce au financement du programme LIFE Biodiv'France. Ces travaux constituent le premier état des lieux quantitatif et harmonisé des habitats au sein du réseau hexagonale et Corse, par l’articulation de trois approches complémentaires :
- Caractériser la diversité et la distribution des habitats à partir des cartographies des gestionnaires ;
- Analyser la représentativité des habitas en comparant leur distribution dans les réserves naturelles avec celle estimée à l’échelle nationale par le programme Carhab ;
- Évaluer la responsabilité des habitats du réseau dans leur conservation, selon une dimension patrimoniale (statut d’habitats d’intérêt communautaire) et fonctionnelle (caractérisation du degré de recouvrement du réseau au sein des réservoirs de biodiversité de la Trame verte et bleue).
Une base de données inédite
Construire une base de données commune à partir de cartographies hétérogènes constitue un enjeu de taille. Sur les 369 réserves sollicitées au moment du stage, 231 cartographies ont été harmonisées vers la nomenclature EUNIS et 178 vers la nomenclature des habitats d’intérêts communautaires (HIC). Ces travaux ont permis d’identifier 234 habitats distinct EUNIS et 120 HIC. Ces deux bases sont inédites et précieuses à l'échelle du réseau, mobilisables pour de futures analyses.
Ce que révèlent les résultats
- Un réseau riche, mais déséquilibré : 166 habitats naturels et semi-naturels distincts identifiés dont seulement 12 concentrent 50 % de la surface totale cartographiée.
- Des milieux forestiers, arbustifs, prairiaux surreprésentées et des lacunes régions-spécifiques : l'analyse de représentativité, conduite sur les quatre régions disposant d'une couverture CarHab complète (Bourgogne–Franche-Comté, Bretagne, Hauts-de-France, Centre-Val-de-Loire), confirme une tendance structurelle : les hêtraies, chênaies-charmaies, boisements mésotrophes et eutrophes, les plantations artificielles de conifères et les fourrés tempérés sont systématiquement surreprésentés dans le réseau.
- Un rôle irremplaçable pour les tourbières : En Bourgogne–Franche-Comté, le réseau couvre plus d’un tiers de la surface territoriale estimée des tourbières hautes actives (R = 33 %) et des tourbières hautes dégradées susceptibles de régénération (R = 35 %). Dans les Hauts-de-France, concernant les marais calcaires à Cladium mariscus (R = 30 %) et en Bretagne pour les tourbières hautes actives (R = 11 %), le réseau présente aussi une responsabilité structurelle dans la conservation de ces habitats naturellement rares et fragmentés à l'échelle nationale.
Une plus-value analytique décisive
L'originalité de cette étude réside dans l'articulation simultanée des trois approches. Chacune révèle une facette différente : l'inventaire décrit, la représentativité identifie les biais, la responsabilité quantifie l'irremplaçabilité. Leur croisement produit un diagnostic impossible à atteindre autrement, et fournit des priorités d'action concrètes pour orienter le renforcement du réseau vers les habitats où le besoin et la responsabilité sont les plus élevés, en cohérence avec les objectifs de l'accord de Kunming-Montréal visant la protection de 30 % des terres d'ici 2030.
Des limites à garder à l'esprit
Ces résultats doivent être tout de même lus avec une prudence liée à plusieurs limites méthodologiques :
- Une couverture cartographique partielle du réseau (63%) ;
- Des analyses de représentativité et de responsabilité limitées à quatre régions ;
- Une résolution de CarHab limitée et une comparaison entre des données de natures différentes (cartographies terrain vs données prédictives).
Perspectives
Les travaux se poursuivront en 2026 et 2027 afin d’étendre les analyses à l'ensemble du territoire national, ou les outre-mer.
Ces travaux ouvrent aussi la perspective à termes d’intégrer d’autres critères de caractérisation des habitats tel que l'état de conservation. La surface protégée ne préjuge en effet pas de la dégradation, ou vulnérabilité pouvant affecter des habitats pourtant bien représentés dans le réseau. Croiser les résultats de représentativité et de responsabilité avec des critères d’état de conservation et de vulnérabilité permettrait de hiérarchiser plus finement les enjeux de conservation à l’échelle du réseau et de prioriser les actions de protection et de restauration, notamment dans la perspective de la mise en œuvre du futur plan national de restauration de la nature.
Légende et crédit photo : RNR du Tertre des canaux ©CDPNE41
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